Censure online

A Verdun, on n’aime ni la liberté de ton, ni la provocation. Il y a un an, sur un site d’informations locales, on a censuré un de mes commentaires car dans le cadre d’une discussion sur un reportage réalisé sur Verdun par la télévision, j’ai employé les expressions de Red neck et de papy porte-médailles. Et ce crime effroyable m’a valu les foudres de la censure. Il y a quelques jours, j’ai eu droit au même traitement sur un réseau social parce que j’ironisais sur la découverte récente d’ossements de poilus. La deuxième fois, on a  tout de même pris la peine de m’expliquer que mes propos étaient drôles, mais que l’on voulait éviter de faire des vagues car le climat est tendu entre ceux qui ont la charge des champs de bataille. De manière générale, on n’apprécie guère à Verdun ceux qui ne communient pas dans l’église du commerce symbolique de la guerre. A contrario, on est un tantinet plus complaisant envers certains individus louches qui rendent hommage à Pétain tous les ans à la chapelle de l’ossuaire de Douaumont depuis 55 ans…

Dans un épisode réalisé pour les Masters de l’horreur en 2006 intitulé Vote ou crève,  le réalisateur Joe Dante a dénoncé l’intervention américaine en Irak en réalisant une fiction bien menée où l’on voit les soldats américains tués au combat sortir de leur tombe pour aller voter et renverser le président. On imagine avec délectation un scénario où les morts de la bataille de Verdun reviennent en tant que zombies pour écharper les bien-pensants et les agités du drapeau qui parlent en leur nom. Plus prosaïquement, on peut rappeler que les guerres ont souvent pour cause des motifs d’ordre territorial. C’est pourquoi, je recommande à tous ceux qui se disputent l’exploitation symbolique et touristique des champs de bataille, la méditation de l’aphorisme de l’officier prussien Carl von Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ».

9 réflexions au sujet de « Censure online »

  1. Yan

    100 ans se sont écoulés, il faudrait enfin évoluer !
    La censure pour les uns et les querelles d’intérêt pour d’autres.
    Heureusement, nous sommes dans la capitale mondiale de la Paix, nous pouvons avoir bonne conscience.

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    1. Randolph Carter Auteur de l’article

      Il faudra bien qu’ils évoluent, car les touristes ne viendront pas éternellement admirer les trous d’obus !

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  2. Descharmes philippe

    Bien que l’on doive encore ou puisse toujours témoigner du respect pour les poilus, je penserais pour ma part que ces hommes ont été sacrifiés pour des raisons de territoire et de nationalisme. Mais la majorité des poilus n’ont pas aimé la guerre et sont devenus des héros malgré eux , ce qui n’ôte rien à leur mérite. Pourtant il faut bien se dire que les circonstances ont changé, il y a l’Europe et de nouveaux enjeux, de nouvelles territorialités et de nouveaux intérêts: l’armée est une armée de métier, elle a des missions externes (terrorisme, accords d’intervention avec d’autres pays) , c’est pourquoi pour Verdun, les sensibiltés doivent changer, il ne faut plus de combats d’arrière garde et tout en respectant le lieu d’histoire que cette ville représente, ne pas se polariser sur un nationalisme passéiste ou sur un militarisme qui pourrait laisser un goût acre dans la bouche, un goût de sang!

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    1. Randolph Carter Auteur de l’article

      Tout dépendra des hommes politiques de demain.
      Mais, les spécimens de la nouvelle génération qui pointent le bout de leur cravate sur la scène verdunoise aujourd’hui ne sont guère convaincants…

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  3. Sexagénaire lucide

    Totalement en accord avec cet article..
    l’église du commerce symbolique de la guerre n ‘est rien à côté de la cathédrale que fréquentent Krupp, Schneider, de Wendel et leurs descendants….

    Et plus près de nous Dassault et cie… et là aussi la bonne conscience est au rendez-vous au nom du commerce extérieur de la France….

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  4. Bertaga

    Comme le dit mon voisin Lieutenant Colonel, excusez du peu : « la plupart des gens qui viennent à Verdun trouvent la ville superbe, il n’y a qu’à voir combien y sont restés. »

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  5. Randolph Carter Auteur de l’article

    Oui, à peu près 500 000 personnes ont décidé de prolonger indéfiniment leurs vacances à l’hôtel de la croix blanche…

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